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Texte de l’allocution de Jean-François Rabain, en hommage à l’artiste argentine Virginia Tentindo, Paris, 17 décembre 2018

Retour sur événement

Soirée Hommage à la sculptrice argentine Virginia Tentindo

organisée en  présence de l’artiste

Paris, 17 décembre 2018

Péniche La balle au bond

avec projection du film « MINIMES INNOCENCES »

Texte de l’allocution de 

Jean-François Rabain

« Virginia Tentindo, un feu toujours plus dévorant »

Ce film est d’abord l’histoire d’une amitié. D’une amitié entre un cinéaste, un écrivain, un psychanalyste, avec Virginia Tentindo. C’est aussi pour nous l’histoire d’une découverte, celle d’une oeuvre insolite, dérangeante, exceptionnelle.
Lorsque j’ai découvert l’oeuvre de Virginia, je dois dire que je suis resté sidéré. J’étais en quelque sorte atteint du syndrome de Stendhal. Vous connaissez le syndrome de Stendhal, c’est un état de sidération psychique qui saisit l’écrivain à Florence, en sortant de Santa Croce. C’est un état de sidération que vivent de nombreux touristes en Italie après avoir contemplé une oeuvre exceptionnelle. On pourrait également rappeler Dora, la célèbre patiente de Freud, qui reste fascinée deux heures devant la Madone Sixtine de Raphaël, à Dresdes, ou Freud lui-même devant la statue du Moïse de Michel-Ange qu’il va revoir plusieurs jours de suite, à Rome, dans l’église de St Pierre-aux-liens. Bref, on ne sort pas indemne d’une visite de l’atelier de Virginia Tentindo. Je voudrais insister rapidement ici sur deux points : le jeu et la transgression.
1/ Il faut dire que je connaissais déjà le travail de Hans Bellmer et sa célèbre Poupée. Die Püppe. Hans Bellmer traite le corps comme une anagramme dans ses dessins érotiques. Devant les oeuvres de Virginia je me suis donc retrouvé en terrain familier.
Voici la formule-clé qui éclaire toute l’oeuvre de Bellmer et peut-être aussi celle de Virginia. Bellmer écrit ceci dans son Anatomie de l’image. « Le corps est comme une phrase qui nous inviterait à la désarticuler pour que se recomposent à travers une série d’anagrammes sans fins sescontenus véritables ».

Qu’est-ce donc qu’une anagramme ? Vous connaissez l’anagramme : on permute les lettres d’un mot pour construireun mot nouveau. L’anagramme est « un mot obtenu par la transposition des lettres d’un autre mot », dit le Robert. Enutilisant les lettres du prénom Marie, on trouvera Aimer. Vous connaissez ce poème de Ronsard :

Marie, qui voudrait votre nom retourner
Il trouverait aimer. Aimez moi donc Marie.
Votre nom de nature à l’amour vous convie.
A qui trahit Nature, il ne faut pardonner.

Il y a dans ce poème comme un avant goût de ce qui caractérise l’art de Virginia, l’amour, la séduction, le
retournement en contraire, c’est à dire la transgression. […]

Lire le texte intégral

*****

Solitaire oiseau, l’aigle qui donc le vit ?
Sur quel récif glacé
Ou bête par mont et près de la Tundra ?
Le sommeil, image de la nuit infinie,
Il est si dur que de ta vue il m’ôte le trésor
Car ta nature elle est si forte
Que si elle a pu te donner un corps
C’est que miracle elle a pu faire.

Poème de Virginia.
19 janvier 2012.

***

Voir aussi  en complément deux photos d’oeuvres prises dans l’atelier de Virginia Tentindo le 28 novembre 2018, mises en ligne avec l’autorisation de l’artiste . Photo 1, photo 2. (A.T.)

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