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Benoît Auclerc, Note de lecture sur « Lire l’humain Aragon/Ponge : esthétiques croisées »

PUBLICATION EN LIGNE

Benoît Auclerc

Compte rendu, par Benoît Auclerc, de l’ouvrage d’Alain Trouvé, Lire l’humain Aragon, Ponge : esthétiques croisées, Lyon, ENS Éditions, collection « Signes », 2018, 340 p.

Site de la Société des Lecteurs de Francis Ponge (SLFP)

Sur une idée d’Armande Ponge, fille du poète, la Société des Lecteurs de Francis Ponge (ou S.L.F.P.) a été créée en juin 2011 par Jean-Marie Gleize dans le but de promouvoir l’oeuvre de Francis Ponge sous de multiples formes. Elle réunit des amateurs venus de divers horizons, afin de favoriser une connaissance fine et approfondie de l’oeuvre et de rendre compte de sa présence dans l’actualité de la recherche et des arts, avec l’accord, l’aide et le soutien d’Armande Ponge qui lui ouvre généreusement ses archives familiales.

http://francisponge-slfp.ens-lyon.fr

« Aragon et Ponge: oppositions et convergences au prisme de l’arrière-texte »

http://francisponge-slfp.ens-lyon.fr/?Alain-Trouve-Lire-l-humain-Aragon

Avec Lire l’humain, Alain Trouvé reprend et noue ensemble les différents fils de ses recherches antérieures. Le premier de ces fils est celui de la lecture, abordée dès 2004 dans Le Roman de la lecture : critique de la raison littéraire, essai dans lequel il se proposait déjà de préciser ce que serait une lecture spécifiquement littéraire, en interrogeant en particulier les notions d’auteur et d’intertexte. Ces réflexions se sont depuis concentrées sur la notion d’arrière-texte, élaborée notamment dans le cadre du CRIMEL de l’Université de Reims où Alain Trouvé est enseignant-chercheur. Il a consacré à cette notion de nombreuses publications ces dernières années, comme L’Arrière-texte, pour repenser le littéraire, en collaboration avec Marie-Madeleine Gladieu et Jean-Michel Pottier M.-M. Gladieu, ou l’ouvrage collectif qu’il a dirigé, Nouvelles déclinaisons de l’arrière-texte. Le deuxième fil est l’oeuvre, double, de Louis Aragon et d’Elsa Triolet, abordée souvent elle aussi du point de vue de la lecture. Un troisième fil est constitué par les études pongiennes, Alain Trouvé ayant, ces dernières années, consacré un certain nombre de conférences et d’articles à Ponge.

Sous-titré Aragon, Ponge : esthétiques croisées, Lire l’humain propose donc une lecture conjointe de deux oeuvres majeures, contemporaines l’une de l’autre, si l’on en juge par les seules dates, mais aussi très distantes. Le projet d’Alain Trouvé est donc de se confronter au « noyau de complexité » que présentent les deux oeuvres d’Aragon et de Ponge envisagées ensemble, pour, effectivement, mettre au jour leurs différences voire leurs oppositions, mais aussi leurs affinités inaperçues, leurs convergences plus ou moins souterraines. La notion d’humain que convoque le titre vient désigner un horizon commun : il ne s’agit pas, avec « l’humain », comme on pourrait s’y attendre, de la crise de l’humanisme dont l’un et l’autre auteurs sont les contemporains, ni même du projet communiste d’élaborer un « homme nouveau ». Comme l’explicite l’introduction, il est question ici, dans la lignée des travaux du philosophe Francis Wolff, d’envisager la façon dont les conceptions de l’homme sont liées à un état de la pensée scientifique. En l’espèce, Alain Trouvé entend tenir compte des sources philosophiques, historiques, mais aussi scientifiques des deux auteurs pour interroger « une pensée de l’homme à l’oeuvre dans leur pratique d’écriture ». Ce travail de poétique se double d’une réflexion théorique, à nouveau autour de la notion d’arrière-texte, mobilisée ici pour éclairer les deux oeuvres étudiées, qui en retour permettent d’éprouver cet outil de lecture. Alain Trouvé retrace dans son introduction la genèse de ce concept, que l’on rencontre d’abord en 1969 sous la plume d’Elsa Triolet (La Mise en mots) et de Louis Aragon (Je n’ai jamais appris à écrire ou les Incipit), ponctuellement repris au cours des années 1970 par la sociocritique (chez Claude Duchet ou Henri Mitterand), et qui fait donc l’objet d’une réélaboration théorique depuis une dizaine d’années au sein des équipes de l’Université de Reims. L’enjeu est d’élargir la notion d’intertexte, en ne la limitant pas à des éléments strictement textuels, afin de pouvoir prendre en compte un contexte de création plus large : « réminiscences textuelles, mais aussi contexte culturel et artistique (nourri d’images), circonstances, corps de l’écrivain ». La promesse de l’arrière-texte est donc d’enrichir l’intelligence des processus créateurs. Mais la notion est aussi sollicitée pour éclairer la dynamique de la lecture, en particulier pour comprendre la manière dont un sujet lecteur perçoit, investit, construit un texte. Les oeuvres d’Aragon et de Ponge sont ainsi abordées à travers les processus créateurs qu’elles mettent en jeu, dans une approche génétique ; mais les deux auteurs sont aussi envisagés comme lecteurs ; et c’est enfin la relation à leur lecteur qui se trouve interrogée. L’ouvrage parcourt ainsi de multiples façons le « noyau de complexité » que constitue son objet. […]

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