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Retour sur publication, Edgar Poe, « La Chute de la Maison Usher et autres histoires », éd. Gallmeister

RETOUR SUR PUBLICATION

Site de la Société des Etudes romantiques et dix-neuviémistes

Edgar Allan Poe, La Chute de la Maison Usher et autres histoires, éditions Gallmeister, traduction Pierre Bondil & Johanne Le Ray

Par Julien Schuh (05 06 2018)

Evénement littéraire concernant l’oeuvre d’Edgar Poe: parution du premier volume d’une nouvelle traduction, intégrale, de l’ensemble de ses « histoires », offrant un aperçu de la richesse de sa palette, du conte noir au récit satirique, et une vision rénovée de son oeuvre. Texte précédé d’une préface des traducteurs motivant la nécessité d’une retraduction et éclairant le rapport complexe de Baudelaire à Poe.

Lien: https://www.gallmeister.fr/livres/fiche/274/poe-edgar-allan-la-chute-de-la-maison-usher

Lien vers un site proposant en accès libre la préface et les premières pages du texte: https://flipbook.cantook.net/?d=%2F%2Fwww.edenlivres.fr%2Fflipbook%2Fpublications%2F417112.js&oid=1582&c=&m=&l=&r=&f=pdf.

« Poe, désinhibé » par François Angelier, Le Monde des livres, 12 octobre 2018

Avec Poe (1809-1849), c’est évidemment au modèle-obstacle de son grand « passeur », Charles Baudelaire (1821-1867), que se sont affrontés Christian Garcin et Thierry Gillyboeuf, pour Phébus (Nouvelles intégrales. Tome I. 1831-1839, 432 p., 27 € ; en librairie le 18 octobre) ; ainsi que Pierre Bondil et Johanne Le Ray, pour Gallmeister (La Chute de la Maison Usher et autres histoires, paru en mai 2018). Ces traducteurs ont été contraints, non de restaurer une oeuvre dégradée, mais de passer outre à l’accaparement unique d’un texte-source par son traducteur poète, qui dépasse le souci d’appropriation par le vertige de l’identification. Une fusion qui n’était pas trahison : Baudelaire n’a pas « amélioré » Poe, pas plus qu’il n’a « baudelairisé » ses contes. Comme l’écrivent Gillyboeuf et Garcin, il « colle de très près au texte de Poe, et si la traduction est belle, c’est parce qu’il s’agit d’une belle langue anglaise traduitepar un grand poète français », impression confirmée par Bondil et Le Ray, qui vantent « ses traductions d’une fidélité rare et d’une qualité remarquable pourl’époque ». Néanmoins, il était nécessaire de considérer le « rôle inhibiteur »joué par Baudelaire dans la diffusion d’un Poe « rêveur rigoureux », peu enclin à l’alcool et étranger à l’opium, dont le poète a infléchi l’image en minorant « le trait principal de la plupart de ses histoires : un sens aigu du grotesque trèsancré dans un contexte littéraire et politique », confortant ainsi « la légended’un maître du fantastique noir et lugubre ». Reconsidérer une traduction mythique s’imposait donc pour « sortir Poe de l’éternité figée d’une gloire qui lui fait écran ». Dans les premiers tomes de leurs intégrales respectives, richement annotées et prévues en trois volumes de Nouvelles pour les uns, d’Histoires pour les autres, les deux tandems de traducteurs ont décidé de suivre des directions heureusement différentes. Gillyboeuf et Garcin, effectuant « un travail de proximité vigilante par rapport aux textes », de « littérarité contrôlée », ont néanmoins choisi d’« adapter tous les paramètres langagiers, littéraires et culturels (…) de Poe à nos propres paramètres, et [de] restituer le tout dans une langue accessible », offrant au lecteur un texte plus concis et transparent. Œuvrant dans un sens différent, Pierre Bondil et Johanne Le Ray, avec comme « maître mot (…) la fidélité », mais « sans sacrifier à la tentation complaisante d’une démarche de restauration à la Viollet-le-Duc », ont souhaité « faire affleurer dans le texte d’aujourd’hui ce qui constituait sa singularité pour les lecteurs de l’époque ». Cette feuille de route les a menés, refusant tout « anachronisme sémantique », à bannir « les termes apparus dans la langue française postérieurement à 1850 », aboutissant ainsi à une traduction plus baroque et analytique. Avec ces deux axes traductoriaux rigoureusement suivis s’offrent donc aux lecteurs à la fois la modernité du texte de Poe et la richesse de son enracinement historique.

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