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Séminaire « Fiction Politique », CIRLEP, URCA, Semestre 1

SÉMINAIRE

« Fiction Politique : littérature et temporalité historique »

Marta Waldegaray

CIRLEP, URCA

Argumentaire

Les fictions déployées par la littérature autant que les fictions (masquées) de l’action politique modèlent les formes perceptibles et pensables d’un monde qui leur est commun. Le discours littéraire, qu’il soit dans ses expressions les plus explicites ou les plus insaisissables, propose une configuration autre de la communauté sociale dans laquelle il s’inscrit. Dans ce sens –tel que le soutient J. Rancière–, il n’y a pas de conflit entre le littéraire et sa politisation, puisque l’effet critique de la littérature, et de tout art, réside dans sa distance esthétique. Car, suivant encore la pensée de J. Rancière, le sens politique du travail de la fiction serait de : changer les repères de ce qui est visible et énonçable, de faire voir ce qui n’était pas vu, de faire voir autrement ce qui était trop aisément vu, de mettre en rapport ce qui ne l’était pas, dans le but de produire des ruptures dans le tissu sensible des perceptions et dans la dynamique des affects. C’est là le travail de la fiction. La fiction n’est pas la création d’un monde imaginaire opposé au monde réel. Elle est le travail qui opère des dissensus, qui change les modes de présentation sensible et les formes d’énonciation en changeant les cadres, les échelles ou les rythmes, en construisant des rapports nouveaux entre l’apparence et la réalité, le singulier et le commun, le visible et sa signification. Ce travail change les coordonnées du représentable ; il change notre perception des événements sensibles, notre manière de les rapporter à des sujets, la façon dont notre monde est peuplé d’événements et de figures. (Le Spectateur émancipé, p. 72).
Fiction politique : fiction du politique? politique de la fiction? politique-fiction? Le lien qui réunit la parole littéraire et le/la politique sur le lit de Procuste est ouvert à un large éventail de champs disciplinaires entrelacés: théorique, méthodologique, idéologique, historique… l’écueil de sa caractérisation se posant, sans doute.
Penser le rapport qu’entretient la littérature avec le politique ouvre au moins sur deux problématiques, certes enchevêtrées dans les pratiques, mais qu’on peut distinguer d’un point de vue analytique afin d’orienter notre réflexion :
1- La fiction comme lieu de résistance ou déni aux théories qui brandissent la fin de l’Histoire. Particulièrement propice pour penser la temporalité historique, en particulier dans sa dimension de passage, héritage et transmission, mais aussi de contestation, cette voie de réflexion permet de questionner la revenance du lointain, ou du moins, de la mettre en perspective dans le sillage des recherches menées par J. Derrida sur la notion de spectre ; de G. Didi-Huberman sur la survivance ; de J. Lacan sur la trace traumatique comme troumatisme pour souligner le trou creusé dans le symbolique ; de J. Allouch sur l’au-delà psychique de l’objet perdu ; de J.-F. Hamel sur la disjonction des temps et la hantise dupassé ; et de J.-C. Bailly et son idée de l’ombre de Dieu.
2- La fiction comme médiation esthétique de la pensée éthique pour tenterd’analyser ce qui relève de l’irreprésentable, car impensable (J. Rancière) ; de ce qui ne peut être dit (G. Agamben) ; des images « malgré tout » (G. Didi-Huberman) ; des difficultés du témoignage (Primo Levi). Et cela, depuis des perspectives comme la parodie, l’ironie ou l’humour visant des énonciations obliques et des représentations biaisées de l’expérience historique ; mais également, depuis l’exploration des figures du non-dit, du mi-dit, de l’interditcomme modalités de résistance qui se veulent garantes ultimes de la mémoire.
Lieu d’échange et de réflexion, ce séminaire se propose d’interroger la fiction narrative contemporaine qui mobilise des enjeux esthétiques et politiques en reliant littérature et pensée. Sont privilégiés notre XXIème siècle et le dernier quart du XXème, qui est aussi la fin d’un millénaire qui, renouant avec les esthétiques du déclin, annonçait l’effondrement de l’héritage humaniste et de l’esprit critique qui lui était associé.
Les rapports que la fiction (au sens large du terme) entretient avec d’autres formes artistiques telles que le texte théâtral et l’image, ne peuvent qu’enrichir la réflexion et seront considérés avec le plus grand intérêt. Dans cette perspective d’ouverture, le séminaire accueillera les propositions intéressées aux enjeux théoriques, esthétiques et politiques de la fiction contemporaine.

Le séminaire est ouvert à toutes celles et ceux qui souhaitent y participer.

Organisation
Régularité: mensuelle, à commencer en septembre 2018. Le séminaire se tiendra le dernier jeudi du mois, soit trois séances au premier semestre et trois séances au second semestre, les jeudis de 17h à 19h.
Pour l’année universitaire 2018-2019, les dates retenues sont les suivantes :
SEM 1
27 Septembre
25 Octobre
29 Novembre

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