Appel à communication

Appel à communication, « Politiquement incorrect : le monde appartient-il aux polyglottes? », Bragance, 30-31 octobre 2019

COLLOQUE

Appel à communication

« Politiquement incorrect : le monde appartient-il aux polyglottes? »

III Colloque International des Langues Étrangères

(III CILE)

Date: 30-31 octobre 2019

Organisation: Département des Langues Étrangères, ESE-IPB

Lieu : École Supérieure d’Éducation Institut Polytechnique de Bragança

(Portugal)

Au long de l’histoire, plusieurs langues se sont assumées comme lingua franca par la conquête, le commerce et la conversion religieuse (cf. Ostler, 2011), inévitablement associées à la construction d’empires. Il suffit de penser au cas du grec, du latin, du portugais, de l’espagnol, de l’allemand, du français et, plus récemment, de l’anglais. Une des conséquences les plus frappantes a été une certaine uniformisation linguistique, culturelle et politique, malgré l’existence des langues vernaculaires.
La valorisation des cultures nationales, sous les auspices du pluralisme culturel hérité, a gagné un nouveau souffle avec la récupération des traditions et coutumes, la littérature traditionnelle (cf. les Contes des Frères Grimm, les Romans d’Almeida Garret, Rimas y leyendas de Gustavo Adolfo Bécquer ou os Cuentos de Encantamiento de Fernán Caballero) et les variétés linguistiques considérées exotiques. Cependant, et paradoxalement, apparaît également la notion de norme modèle ou de prestige qui s’identifie aux discours des nations en processus d’affirmation, c’est-à-dire, si d’un côté on défend les particularités linguistiques, d’un autre côté on les étouffe pour qu’elles soient remplacées par des langues nationales qui émergent. Avec le développement de la méthode comparative et la découverte des familles de langues (en se basant sur leur parenté) s’impose également un procédé de prescription linguistique qui s’est déconstruit peu à peu durant le XXe siècle.
En se basant sur ces nouveaux principes, on commence à parler de langues de prestige (ou prestigieuses) au côté de langues minoritaires (ou mineures) socialement ou culturellement, créant des stigmates linguistiques qui favorisent peu la convivialité transculturelle et translinguistique. Le prestige inhérent à certaines variétés n’a aucune relation avec des catégories morales ou éthiques mais plutôt avec l’idéologie qui en résulte. Dans le contexte actuel, l’anglais, étant une des dernières lingua franca, s’impose dans les organisations internationales et multinationales comme le pont linguistique de préférence, étant même souvent l’unique. L’utilisation d’une langue unique nous conduit à nous demander si cette posture ne serait pas politiquement incorrecte, trop réductrice d’une réalité par nature multilinguistique. Dans cette ligne de pensée, nous aimerions nous interroger sur cette tendance monolinguistique et uniformatrice contrariant l’idée d’un monde global de toutes les langues et de toutes les cultures.
Cette idée sera la prémisse principale qui conduira le débat du III CILE, idée qui entend également que l’apprentissage d’une variété de langues étrangères peut ouvrir la porte au dialogue, dépasser les frontières et enrichir les cultures.
Dans le monde actuel qui affirme les frontières et réaffirme les identités pour dépasser la déconnexion et l’incommunicabilité, nous croyons au polyglottisme naturel des espaces frontaliers, au cosmopolisme culturel séculier et à leur porosité
Actuellement, il ne suffit plus de parler d’une seule langue étrangère, la globalisation, la “déterritorialisation”, le déplacement des migrations, de la diaspora et l’exil exigent que nous soyons des polyglottes capables de nous exprimer pour établir des relations interculturelles et, comme l’affirme Edward Said, cultiver la « perception de mondes multiples et de traditions complexes » (Said 2007, p. 101). Les bénéfices du multilinguisme sont énormes pour nous aider à dépasser le fossé linguistique entre les cultures. La langue cesse d’être patrie parce que les patries sont toujours des « hôte[s] provisoire[s] » (Said 1996, p. 76). Traverser des frontières conduit à rompre des barrières de pensée et d’expérience, amenant à l’éveil pour un apprentissage pluriel des langues afin de reconquérir la Tour de Babel.

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