HOMMAGE
à Jean-Marie Gleize
par Benoît Auclerc
(Président de la Société des lecteurs de Francis Ponge)
« C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Jean-Marie Gleize, survenu soudainement le 12 mars dernier, à quelques jours de son quatre-vingtième anniversaire. Il avait fondé avec Armande Ponge en 2010 notre association, dont il a été le premier président, de 2010 à 2019.
Écrivain, directeur de revue, éditeur, théoricien, critique, professeur, Jean-Marie Gleize est l’auteur d’une oeuvre polymorphe.
Il désignait volontiers sous le terme de « récit » le massif de ses écrits de création. Après la publication de Simplification lyrique (Seghers, 1987) s’engage le cycle initié par Léman (1990), publié pour l’essentiel dans la collection « Fiction & Cie » fondée au Seuil par Denis Roche, cycle qui comprend notamment Les Chiens noirs de la prose (1999), Tarnac, un acte préparatoire (2011) ou Le Livre des cabanes (2015). Les volumes les plus récents (Je deviens, 2024, et TRNC, 2025), ont paru dans la collection « Al Dante » de Laurent Cauwet aux Presses du réel.
Tout comme le livre, la revue est pour Jean-Marie Gleize un lieu capital et le travail des revues a occupé une part importante de son activité. Son nom est en particulier attaché à Nioques, revue au titre pongien fondée en 1990 qu’il a toujours dirigée depuis lors, jusqu’au dernier numéro, paru il y a quelques mois. Publiée en divers lieux, des éditions La Sétérée de Jacques Clerc, à La Fabrique, longtemps dirigée par Éric Hazan, en passant, notamment, par les éditions Al Dante de Laurent Cauwet, Nioques a accueilli dans ses pages des dizaines d’artistes et d’écrivains, aura contribué à reconfigurer le paysage de la poésie de ces dernières décennies.
Parallèlement à ce travail d’écrivain et de directeur de revue, Jean-Marie Gleize a développé une intense réflexion critique et théorique, qui a accompagné ce travail, le sous-tendant et en résultant tout à la fois. Cette réflexion, délibérément « de parti pris » et volontiers polémique, défend une approche littéraliste de l’écriture, une approche critique, au sens fort, de la poésie, terme auquel il substitue souvent celui de post-poésie. Les principaux jalons de cette réflexion se trouvent dans Poésie et figuration (Seuil, 1983), A Noir (Seuil, 1992), ou encore dans Sorties (Questions théoriques, 2009).
Jean-Marie Gleize a également été un professeur passionné, a formé des générations de lecteurs, de chercheurs, de créateurs. Il a notamment exercé durant de longues années à l’Université d’Aix-Marseille puis à l’ENS de Lyon, où il a dirigé le Centre d’Études Poétiques de 1999 à 2009. Ses séminaires, où se côtoyaient étudiants, créateurs, écrivains, étaient des lieux d’expérimentation esthétique et critique. Comme les sommaires des revues, il étaient aussi des lieux de rencontres et d’amitié.
Dans toutes ces activités, l’oeuvre de Ponge a joué un rôle central : il est l’auteur de monographies critiques décisives (Francis Ponge : actes ou textes, avec Bernard Veck, Presses universitaires du Septentrion, 1984 ; Francis Ponge, Seuil, coll. « Les Contemporains », 1988) ; il a procuré des éditions critiques (Billets Hors-sac, Comment une figue de paroles et pourquoi, correspondance Camus-Ponge) ; il a dirigé de nombreux ouvrages collectifs, parmi lesquels le Cahier de l’Herne consacré à Ponge (1986), le volume Ponge, résolument (ENS Éditions, 2004) ou, avec Lionel Cuillé et Bénédicte Gorrillot, les actes du colloque de Cerisy de 2015, Francis Ponge, ateliers contemporains.
Nous sommes nombreux à avoir appris à lire Ponge avec lui – au son de sa voix, à la lecture de ses textes – nous continuerons à le lire en sa compagnie. »
20 mars 2026
